La musique part en live

Effondrement des ventes, pertes sèches pour les maisons de disques, nouveaux supports numériques. En pleine crise du disque, la scène est-elle devenue une valeur refuge ?

Des salles combles en France en 2009, des tournées à guichet fermé. Le live a trouvé son public. Au Midem (Marché international de la musique) de Cannes en 2007, en pleine crise de l’industrie musicale, la perspective de déplacer le curseur du disque vers la scène est évoquée. Le constat est clair cette année là : moins 20% pour le disque, plus 20% pour la scène. Pour Gildas Lefeuvre, journaliste musical qui a participé à la table ronde du Midem en 2007, « la question se posait à l’époque, mais  beaucoup y ont vu un retour à la scène sans penser le problème en terme de complémentarité entre le disque et le live. »

La scène comme valeur refuge

La boîte de pandore est pourtant ouverte et beaucoup s’y engouffrent. Dans un environnement qui est à la dématérialisation des supports, la scène apparaît comme « la » valeur refuge. Les majors, qui essuient des pertes sèches faramineuses en 2007 (l’action du groupe Warner Music a perdu les trois quarts de sa valeur au cours de l’année 2007), se lancent à l’assaut du domaine de la production de spectacles. Sony BMG rachète la société de spectacle Arachnée Productions à l’été 2007,  et début 2008, Warner Music France s’offre Camus Productions, l’une des plus grosses sociétés de production de spectacles en France.

« On ne s’improvise pas tourneur »

Investir vers la scène, la stratégie peut séduire, mais pour Olivier Darbois, producteur de spectacles chez Corida : « L’âge d’or des maisons de disques est aujourd’hui révolu, et elles s’aperçoivent en plus qu’il n’y a pas autant d’argent à gagner sur les tournées. »

Et en effet, pour les tourneurs et les producteurs de spectacles la scène est un métier à part en entière. « On ne s’improvise pas tourneur. Ce métier requiert des compétences en matière de gestion de scène, que les maisons de disques ne possèdent pas pour l’instant », estime Olivier Darbois. C’était d’ailleurs la stratégie de Warner qui, en rachetant Camus Productions, s’attribuait ainsi le nom et les compétences scéniques de Jean-Claude Camus, le producteur de Johnny Hallyday notamment. Cependant, comme le note Olivier Darbois, « cela fait dix ans que les maisons de disques essaient sans succès d’aller sur ce terrain, mais il existe peu d’exemples de réussite », poursuit-il.

De nouveaux acteurs polyvalents

Une chose est néanmoins certaine, le monde de la production de spectacles connaît une profonde mutation avec l’apparition de nouveaux acteurs plus polyvalents comme la société californienne Live Nation, qui gère par exemple près de 80% de la production scénique en Belgique. « Je m’étonne que l’industrie musicale ne s’inquiète pas davantage de la naissance de super-structures polyvalentes comme celle-ci », relève Gildas Lefeuvre. Les majors sont-elles amenées à disparaître en tant que distributeurs, pour s’orienter davantage vers la production artistique et des stratégies 360 degrés ? C’est apparemment la tendance actuelle.

Les artistes embellissent leurs fins de mois

Du côté des artistes, ce « retour aux sources » permet de compenser les pertes sèches liées à la baisse des ventes de disques en attendant un financement des contenus dématérialisés, qui reste à inventer. La scène et les festivals sont devenus primordiaux pour certains artistes afin d’embellir leurs revenus. Et à ce jeu là, les Anglos-saxons ont tendance à demander beaucoup plus qu’auparavant. « Tous les stratagèmes sont bons pour certains afin de maximaliser leurs revenus à la fin du mois. Les artistes veulent tourner plus régulièrement et plus longtemps qu’avant, avec des prix de vente en billetterie souvent plus élevés », explique-t-on chez Corida.

Un mystère persiste cependant. La part du live dans l’industrie musicale française reste faible. Les revenus de la scène y sont deux fois inférieurs à ceux du disque, alors qu’en Grande-Bretagne ou en Allemagne ils sont équivalents ou représentent le double. Un problème structurel qui pose des questions pour l’avenir de l’industrie musicale française.

Gaylord Van Wymeersch

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