Le CD n’est pas déCD

Après le vinyle et la cassette audio au début des années 1990, le Compact Disc pourrait être la prochaine victime des changements de supports musicaux. Mais pour l’industrie, il reste indispensable.

Le marché du CD implose

Chaque jour, des cassettes audio vomissent leur bande magnétique dans des boîtes à gants ou prennent un peu plus la poussière dans des armoires. Mais son fossoyeur, le CD, risque de ne pas survivre bien longtemps. Pour preuve, le déclin des ventes sur le long terme : moins 56% depuis 2002. L’an dernier, le nombre de disques vendus dans l’hexagone est passé sous la barre des 60 millions, générant un chiffre d’affaires de 814,8 millions d’euros. Soit une perte de 100 millions d’euros par rapport à 2008. C’est l’équivalent de l’aide d’urgence envoyée par l’Union Européenne en Haïti ou le prix de deux Airbus A320. Alors pourquoi les maisons de disques ne l’abandonnent pas complètement pour se consacrer aux délices du numérique ?

Parce que l’industrie musicale reste confiante dans l’avenir de la galette lancée par Philips en 1982 : « Chaque produit a un cycle de vie comme vous et moi, explique Pascal Nègre, patron d’Universal Music, le CD a atteint le point culminant il y a trois ou quatre ans mais il représente encore des centaines de millions d’exemplaires. Au rythme où baissent les ventes, je ne serai plus dans l’industrie quand le CD aura disparu ». Optimisme ou retraite anticipée ?

Le CD est encore rentable

Le CD garde plus d’un tour dans sa pochette. S’il existe toujours, c’est que la clientèle est encore là. Dans le passé récent, les maisons de disques ont euthanasié des supports jugés plus suffisamment rentables. Ainsi, le marché français est devenu trop petit pour envisager de nouveaux approvisionnements en cassettes audio. « La dernière fois qu’Universal a réédité des cassettes en France, c’était il y a deux ans seulement, raconte Pascal Nègre, il y avait encore un marché car les gens avaient encore des autoradios K7. On a tout vendu mais maintenant les quantités sont trop faibles ». Le Walkman cassette a été remplacé par l’iPod. Les voitures d’aujourd’hui ont quasiment toutes un lecteur CD. La prime à la casse a achevé la bande magnétique…

La cassette audio est progressivement abandonnée

Bouée de sauvetage du CD : l’absence de concurrent direct. Il est le seul support physique grand public encore disponible en grande quantité. La cassette et le vinyle n’avaient pas eu cette chance. À la fin des années 1980, maisons de disques, fabricants de matériel Hi-Fi et distributeurs complotent pour généraliser le CD. Et comme le support est encore matériel, la question de la place se pose chez les distributeurs. La réponse est vite trouvée : le CD boute ses prédécesseurs hors des rayonnages.

Autre avantage du CD : le numérique n’est pas plus rentable. Du moins, c’est la version des majors : « toutes les économies que l’on fait sur la fabrication, le transport, les coûts des distributeurs, on les redonne au client en vendant l’album à 10€ au lieu de 15€, se défend Pascal Nègre, et avec le numérique de nouveaux postes de dépense apparaissent : nous devons par exemple faire des audits pour vérifier que le nombre de titres vendus en ligne correspond à la réalité ».

À la niche

Les supports musicaux ne disparaissent jamais totalement : le vinyle a ainsi doublé ses ventes en France l’an dernier. Quant à la cassette, elle s’échange encore en Asie ou en Afrique. « Si l’on s’intéresse à la musique touareg, explique Emilie Da Lage, membre de l’Observatoire des mutations des industries culturelles (OMIC) et maître de conférence à l’université de Lille 3, c’est encore la cassette qui est le principal support. Les gens l’utilisent toujours dans leurs 4×4. On ne sait jamais ce qu’il advient d’un support ». Le CD pourrait donc devenir une niche pour amateurs de sons de bonne qualité, comme le vinyle est devenu le chouchou des DJ branchés et des bobos.

L'industrie musicale s'interroge devant les nouveaux comportements des consommateurs

Si le CD génère encore 80% du chiffre d’affaires d’une maison de disque dans notre pays, il ne constitue plus que 50% des rentrées aux Etats-Unis. La tendance à la baisse ne devrait pas se démentir. L’industrie musicale mise sur les ponts entre les deux techniques. « Ce n’est pas une querelle entre les anciens et les modernes : digital et CD sont deux supports complémentaires » explique Pascal Nègre. Sites internet exclusifs, vidéos en avant-première, le CD pourrait devenir le pass VIP des fans de demain. Une reconversion plus noble que de finir en dessous-de-verre.

Andy David


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3 réponses à “Le CD n’est pas déCD

  1. Analyse pertinante, l’objet reste indispensable pour les fans (moi y compris). de nouveaux systéme voient le jour et j’ai pu en tester un parfait pour illustrer votre analyse:
    de jeunes frenchy plein d’avenir!
    http://www.bb-pp.fr
    😉

  2. super!
    j’adore ce jeu de mot!!

  3. Il ne faudrait tout de même pas oublier que le MP3 est inférieur en qualité sonore au CD, et elle est bien là la grande différence avec les supports que le CD a lui-même remplacés…

    Le MP3 est un format compressé qui supprime des informations dans le contenu musical et spectral (les fréquences prétendument inaudibles).

    J’en ai fait une drôle d’expérience. Gros consommateur de MP3, j’écoutais beaucoup le « In Rainbows » de Radiohead. J’avais la version MP3 achetée « en ligne », encodée en 160kbps. Peut mieux faire. Je l’ai écouté des mois et des mois. Assez récemment, j’ai acheté le CD pour la maison, la voiture… Et j’ai simplement pu constater une très nette différence de son (avec le même casque hifi, un AKG). Une meilleure stéréo, un son moins « compact », des sons qui apparaissaient… Je n’avais même pas pensé qu’une telle différence pourrait exister avant de mettre le CD dans ma platine.

    Depuis, je me suis mis à acheter beaucoup de CD (j’en avais déjà 350 avant de découvrir la seule praticité du MP3)… Et je ressors même mon baladeur CD. La boulimie et le zapping musical ne sont plus trop mon truc. Armé de Gigaoctets pour la stocker cette musique en MP3, on finit pourtant par toujours écouter la même chose alors à quoi bon ? Combien de fois ai-je entendu des gens me dirent qu’ils avaient des gigas de MP3 (piratés, cela va sans dire…) qu’on leur avait donné, au delà de leur goût, de leur envie, et qu’ils n’avaient jamais eu le temps d’écouter ? Ridicule.

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